Béatrice Libert

poésie, roman, récit, nouvelle, essai,
récital, peinture, collage...

Lectures libres

Ouvrir un livre comme on se regarde
Dans le miroir matinal
Non pour se contempler
Mais pour se reconnaître inquiète à l'idée
De s'être trompée d'écorce ou de cœur

Le train fend l’aube
L’adresse du jour
Gravée dans la brume
Au bout du quai qui donc attend
Chemise boutonnée sur son rêve ?

Fin de mois difficile
Voici ton chèque
Barré par la douleur
À verser sur ton compte
En aval de ta vie

Chaque matin l’aube a le souffle
Des naissances essentielles
L’oiseau le sait
Il goûte ce ravissement

Extraits de « L’aura du blanc », Le Taillis Pré, 2016

Aube

Le jour monte aux joues de l’aube
Avec le calme allant
Des femmes fécondées

Et nous allons meurtris
Par le chaos des nuits
Les sangles des utopies

Vers la petite étoile
Qui n’a pas oublié
De battre infiniment


Fugue

J'ai fui les villes et leurs bruits carnivores
J'ai offert mon abîme à celui du silence

Sur les pierres se lisait notre humaine épouvante
La terre marchait droit vers le renoncement

Un chant venu du large apaisa mon tourment
Et j'ai pu me hisser jusqu'à toucher le ciel


Source

Tu n’as pas encore dit
L’angoisse du matin

Le chemin haletant
Renversant ton midi

Peut-être faut-il aller
Du côté de la source

Perdue dans le verger
Pour saisir l’ineffable

Et sans cérémonie
L’inviter à ta table ?

(Extrait de Demeures de l’éveillé, Prix de l’édition poétique 2015 de Dijon)

Autoportrait

Mon jardin a des pattes d’oiseau
Et des ailes de tourterelle
Il a un corps de mésange
Une tête d’écureuil
Un bec de pic épeiche
Il a une cervelle de moineau
Une lenteur d’araignée
Une respiration d’abeille
Il a les rêves de l’ancolie
La folie des capucines
Et le sens des réalités
De la rhubarbe


Don

Quelque chose s’en va de toi
Avec le jour qui passe

Et ravit tout ce qu’il touche
Frontières et masques

Reflets aux vitres pages non lues
Chants de sirènes

L’espace en toi s’allège
Et s’éclaircit la route

Tu n’as donc rien perdu
Surtout si tu as su donner

Le peu que tu détenais


Goût bleu

Or il y avait longtemps
Que j’avais goût pour ce poème *

Et c’est la nuit qui le livra
Et le voici qui dans le jour

Encore bleui d’avoir dormi
Parmi les toiles de Cézanne

Engendre un soleil neuf
Battant dans ma poitrine

J’écartèle le souci la ronce
Et la poussière

Je descends l’escalier
Qui livre sa lumière

Je lèche le matin
L’abricot de son bleu

Ta lèvre s’est posée
Un instant sur mes yeux

* Saint-John Perse

Je suis poète jusque sous les ongles

Je suis poète jusque sous les ongles
J’écris comme je jardine
À mains nues âme nue elle aussi
Dans la clarté sourde du monde


Je suis poète jusque sous ma chemise
De nuit comme de jour
Éclaboussée d’étoiles et de fientes
Dans la musique rompue de mes révoltes


Inédit, © Béatrice Libert, 14 juin 2013.


Poème

Poème de mon âme à jamais métissée
Poème de ma nuit à jamais désennuyée
Coule en moi ta cire neuve
Aux parfums de myrte et de menthe...
Sois ma planche de salut !
Que la voile de ma voix
Porte loin ton effigie
Vers les chemins perdus d’avance
Et les visages sans espérance !


Inédit, © Béatrice Libert, 14 juin 2013.


Paradoxe

Tu tends vers la parole
Comme un paysage qui
Levé tôt s’était tu longuement
Malgré les vents obliques
Malgré le ciel tragique
Et qui n’en finit pas de bleuir
Jusqu’au seuil du mourir
Tu tends vers la parole


Tu tends vers le silence
Et sa voix prend la tienne
A revers comme une épingle
De nourrice une phrase inachevée
Sur le cahier d’enfance
Aux pages racornies
Aux taches endormies
Tu tends vers le silence


Inédit, © Béatrice Libert


Très loin, l’azur peint d’autres ciels.
Tu vas, dedans, comme une île
Qui aurait décousu ses rivages.


Tout tient en toi à la manière
D’une calligraphie arabe,
Un pas de deux, un menuet,


Une symphonie.

"Ecrire comme on part", © Le bruit des autres, 2013.


La buanderie

La grange a très froid dans le dos
Depuis que l’hiver a rompu,
Sur ses vertèbres, une neige précoce.


Les moellons lisent dans la main
Des enfants sans pourquoi.
Ils ont connaissance d’un dieu
Qui sait l’algèbre des émeutes.


Ils s’appuient à l’usure
De baquets silencieux,
Regardent par la fenêtre
Danser la lune feu.


La porte coupée en deux
Ne sait sur quel battant danser.
Les dalles bleues ont, sur les lèvres,
L’humeur des lavandières mortes.


Ici se lessivait le temps.
L’auberge était hospitalière.
Le siècle cousait ses prières
Dans la doublure du printemps.


La grange a froid même en été;
Rien ne résiste à son humidité.
Il peut pleuvoir. Il peut neiger.
Le monde, ici, n’aura plus jamais pied.


Extrait de « Dans les yeux des fruits verts », à paraître dans un numéro de la revue Encres Vives à Colomiers, France.
Prix de poésie 2012 décerné par l’Association royale des écrivains et artistes de Wallonie

© Béatrice Libert


Le grenier

Nous pliions quelquefois
Notre grenier en quatre
Et le glissions en poche
Pour les heures d’hiver.


Sa porte fermait mal,
Ses gencives grinçaient.
Les malles en osier
Savaient le latin des églises.


Dès que perçait le toit,
La maison chuchotait au grenier
De recueillir les mots doux de la pluie
Dans le panier des récoltes d’octobre.


Nous, nous rêvions de carrousels,
De bals et d’Égypte en chromos.
Un jour je serai.
On disait que ce serait moi qui.


Nous n’avions ni billet ni monnaie
Ni carte de crédit.
Nous avions le désir.
Et c’était une infinie richesse.


Extrait de « Dans les yeux des fruits verts », à paraître dans un numéro de la revue Encres Vives à Colomiers, France.
Prix de poésie 2012 décerné par l’Association royale des écrivains et artistes de Wallonie

© Béatrice Libert


La mer

On allait à la mer du Nord
Comme on serait allé au bal,
Avec des bouffées de senteur.


Une malle devançait le voyage,
Car nous étions cinq enfants
Entassés dans la Citroën


Qui prenait l’autostrade,
Avec père et mère
Toujours exacerbés.


Il nous fallait compter
Sur nos seuls rêves
Pour désennuyer les heures.


Le sable semblait doux
À nos mains aventurières,
Nos rires, nos genoux.


On en glissait un peu partout,
Même dans le cahier du retour.
L’odeur s’appelait grand large.


On la gardait longtemps sur nous.
On la collait avec le timbre
Sur les cartes postales,
Un goût de sel au bout des doigts.


On allait à la mer.
On n’en revenait pas !


Extrait de « Dans les yeux des fruits verts », à paraître dans un numéro de la revue Encres Vives à Colomiers, France.
Prix de poésie 2012 décerné par l’Association royale des écrivains et artistes de Wallonie

© Béatrice Libert


Je ne veux plus

Je ne veux plus avoir 7 ans
Sur la chaise dominicale
Du sois polie et tais-toi

Je ne veux plus avoir 8 ans
Et dix-huit fautes dans la dictée
Que je sais même pas comment on dit les mots

Je ne veux plus avoir 9 ans
Et diviser et fractionner et mastiquer
Des problèmes à tiroirs où les robinets
Fuient où les kilos coûtent triple

Je ne veux plus avoir 10 ans
Avec un cœur coupable
Et des peurs à revendre en vrac au kilo
En veux-tu des petits cris bien frais
Bien vrais arrivés ce matin en direct de ma nuit ?

J’ai jeté mes peaux mes pelures
Tous mes linges de gosse

J’ai les pieds nus dans la rosée de mon enfance

© Béatrice Libert


Souvenir

Nous avions un pommier
Où cueillir l’allégresse


Et je vécus, enfant,
Dans les yeux des fruits verts.

© Béatrice Libert, inédit.


Si

Si l’aube baigne les roses,
Que soit béni le chant qui les lava.


Si la lune enchante la brume,
Que soit bénie l’étoile qui la guida.


Et si la terre est père et mère,
Que soit béni le ciel qui la baptisa.


Inédit © Béatrice Libert


Greffe

N’empêche pas le mot d’agir
Ni de surgir de ces confins étranges
Dont les plis quelquefois se déhanchent.


N’empêche pas l’insecte miséreux
De greffer, à tes blancs,
Ses chemins capricieux.


N’empêche rien, laisse venir
Le vent, l’oiseau, le rire,
Même le rien, même le chat


Qui, dans ses songes, écrit tout bas,
Et que soit libre, sous la contrainte,
L’obscur en toi qui labyrinthe.


"Ecrire comme on part", © Le bruit des autres, 2013.


Au-dessus de la Manche

Le jour se lève sur l’Europe.
Qu’as-tu fait de ta nuit, toi bercée d’étoiles
Dans le giron de ta pensée ?
As-tu lavé le monde de ta rosée intérieure ?
As-tu touché les pôles de tes deux paumes nues
Pour qu’irradient en toi leurs anges virginaux ?
Qu’as-tu fait de ta nuit alors que l’Europe appareille
Dans les mauves de l’air qui tresse, détresse
L’haleine corsée des grands vents, sur des langues d’eaux
Infinies, là où jamais tu ne marcheras, là où jamais
Tu ne cueilleras ni fleurs sauvages ni parfums de mai ?
Es-tu comme ces navires qui croisent vers plus de large,
Abandonnés, abandonnant ?
La passe des vents froids, laisse-la aux éperviers.
Préfère le colchique, préfère l’olivier
Et chante, pour l’Atlantique, le clair désir d’aller.

Écrit en avion à 7h02 le 11 avril 2011.

"Ecrire comme on part", © Le bruit des autres, 2013.



Ne partez pas sans laisser votre adresse,
Disaient les fleurs aux vents du Sud.
La nuit, nous monterons sur le dos
D’une étoile et rejoindrons vos horizons.


Notre pollen porte miracle, semence
De résurrection, et nous ne craignons
Pas l’ivresse des voyages.


Nous sommes le silence des prés,
La faconde des forêts,
L’arôme des jardins.


Au seuil de la naissance
Comme à celui de la mort,
Nous dressons notre hampe végétale,
Comme un diapason de lumière.


"Ecrire comme on part", © Le bruit des autres, 2013.


The House next door

To Lisa and Bruce.

La maison a posé ses rideaux jaunes et blancs
Et sa nappe dédiée aux palettes des peintres.
Les fauteuils ont des mots plein leurs poches cousues,
Mais ils taisent les phrases fatiguées d’être phrases.
Les tables ont des pieds droits plantés dans des tapis
Qui suspendent les pas, amicale estocade au parquet.
C’est un temps plein d’histoires qui s’allongent ici :
Sabot, paniers, chevets, horloge et fauteuils à bascule.
Les lampes ont des prénoms si lumineux
Qu’une seule suffit à magnifier l’espace.
Aux murs, gravures et broderies.
Pas de chien. Pas de chat.
Une volée d’oiseaux dans le jardin,
Rouges et bruns – on les dit cardinaux –
Et des mésanges et des moineaux sans lesquels
Il n’est pas de jardin, il n’est même aucun ciel.
On devine le vent secouant alentour les rayons matinaux
Tandis que, lentement, coulissent sur l’asphalte
Quelques rares engins montés comme des chars.
Qu’attend donc le silence qui veille sur les choses ?
Les livres refermés vont-ils se ranimer, l’arrosoir arroser,
La pendule se balancer et les lampes éclairer le mystère de nos vies ?

© Béatrice Libert, Granville, Ohio, 6 avril 2011.


En pensant à Emily Dickinson

The birds, Emily,
Hear the birds
With all the sky
And the morning
In their beak !

© Béatrice Libert, Granville, 7 avril 2011.


Le pays

Quand le pays ne sait plus
Sur quel pied d’alouette danser,
Il fauche la lune dans le grand ciel,
S’en pare comme d’un sourire neuf
Puis tire les vers du nez
D’un printemps qui a de la bouteille
À force de rouler sa bosse
Dans les ruisseaux de Wallonie.


Inédit © Béatrice Libert



Et te voici enfant du vide et de l’amour.
Un rêve en toi féconde le matin
Comme caillou dans le creux de la main.
Va vers ton nom. Va vers ce qui n’a pas
Encore eu lieu. Va vers ta promesse.
Au plus nu du silence, un poème t’attend.


Inédit © Béatrice Libert


Tableau de Magritte

Je dis pomme
comme on dit viens allons marchons
écoute prends-moi
Je dis pomme
comme on dit boussole
coeur carrousel et phosphore et sphère
et paumes nues sur cuisses chaudes
Je dis pomme
comme on dit chambre d’échos
fenêtre absente en nous
et mémoire épluchée
Je dis pomme
comme on croque la chair des paradoxes
comme on caresse la tentation d’aimer
comme on va dans le vertige de vouloir en vain


Inédit © Béatrice Libert



Et c’est encore la pluie
Qui noie de ses mots le jardin
Et c’est encore la nuit
Qui allaite en secret le matin


Toi couchée un livre à la main
Un de Goffette ou de Bobin
Un d’Eluard ou de Joubert
Tu bois le lait de ta prière


Et le silence est vert
Qui pousse son refrain
Jusqu’en tes sentiers d’ombre
Où se perdre en chemin


Inédit © Béatrice Libert



C'est en nous que la neige a froid
C'est en nous qu'elle cherche
L'abri le plus sûr


Inédit © Béatrice Libert



On toucherait la neige
Comme un feu saisonnier


On toucherait la flamme
Comme un revers de fortune


On toucherait la fortune
Comme une onde de choc


Et si tôt mis à terre
On toucherait la mort
Sans qu’on s’en aperçoive


Inédit © Béatrice Libert



L'arbre a pris sous son bras
Le chemin qui mentait
Aux orties et au bois.


Il le contraint d'avouer
La vérité perdue,
Puis l'envoie en pénitence


Entre chardons et chiendent.

Inédit © Béatrice Libert



À force de couper les cheveux en quatre,
Il avait épuisé tous les dictionnaires
Et cherchait désespérément le meilleur
Moyen de devenir dresseur de mots
Pour cirque ambulant.


Inédit © Béatrice Libert


Le chanapé

Le chanapé est un siège
Domestique rouge,
À quatre pattes,
Sans oreilles ni queue,
Mais avec un gros dos.
Il se caresse
Dans le sens du poil,
Ronronne les soirs d’hiver
Devant l’âtre
Qui lui fait les doux yeux.


Inédit © Béatrice Libert


Comptine pour zozoter

Au zoo de Zanzibar,
On peut voir, c’est bizarre,
Des zinnias sous les zamias,
Des zébus très zébrés
Et des zèbres zazous
Qui zigzaguent, zarbis,
En zodiaque à zozo.
On y zieute, sans zèle,
Le zéphyr au zénith.
On y zippe en un zest
Des zistoires zivrées
Pour le zouk du vieux zinc.
Au zanzibar du zoo,
Rien n’est trop beau !


© Béatrice Libert


Gamme en quête de musiciens

À Angélique Giorgio.

Do I° a oublié son porte-lune entre deux nuages de la voix lactée. Il pleure, avec mélancolie, les petits égarements quotidiens dont il est, hélas, devenu coutumier.

Ré brille comme un saint dans le soleil de minuit. Sa mélodie est infinie. Le moral au zénith, il ressuscite tout ce qu’il touche.

Mi est à moitié content de son sort. Il s’éparpille, se fragmente, s’émiette comme du pain trop rassis qu’on donnerait aux moineaux. Mi aurait besoin d’un hymne paradisiaque à orchestrer.

Fa n’est point sot ni gourmand ni vantard ni clinquant. Fa n’est pas facile à siffler. Fa est une fleur de farine dont on fait les songes.

Sans être terre-à-terre, Sol n’en est pas moins réaliste. Ses convictions sont fondées, ses arguments bétonnés, ses rêves mesurés. Sol est souvent seul de son avis, mais il le partage en chantant.

La adore la vie, la symphonie des vers et des vents, la mousse au chocolat, la purée de marron et la pervenche en fleur simple ou en beignet froid. Quand la est trop las, il va se réfugier sous un lilas qui le berce en chantonnant tout bas.

Si n’est jamais sûr du premier coup : trois pas en avant, deux pas en arrière. Si en a sidéré plus d’un lorsqu’il s’est mis à douter de lui-même et de son ombre par la même occasion. Si est un vieux sire déguisé en sibylle qui déclenche des sirènes dans son sillage.

Do II est le rival de Do I°, en lutte permanente pour le pouvoir absolu. Le jour, c’est un doberman qui mordrait volontiers tout ce qui le domine. La nuit, c’est un joueur de bandonéon qui cache bien son jeu, en se réfugiant dans des musiques dodécaphoniques.

© Béatrice Libert, inédit, Cointe, 4 février 2011.


Identité

Tu marches
et c'est ton pas qui
donne sens à la route


Tu marches
et c'est la route qui
s’enracine en toi


en ton désir d'aller
de ce que tu fus
à ce que tu es


Tu marches
et c'est le pays traversé qui
met des ailes à ton identité


Béatrice Libert, extrait de "L'instant oblique",
© éditions L'Oreille du Loup, Paris, 2009


La lampe

La lampe est une amie
qui nous parle à voix basse
du temps qu'il ne fait plus


Son eau est de lumière
Son vin s'allume en nous


La lampe est une belle
rebelle à nos frontières
contrebandière nue
de nos menus secrets


Elle ouvre le chemin
qui se taisait dans l'ombre
et rassemble sous elle
en mère provisoire


tous les mots de l'exil
et de l'effacement


Béatrice Libert, extrait de "L'instant oblique",
© éditions L'Oreille du Loup, Paris, 2009


Trafic

On vend
on vend
la terre
le père
la mère
et l’enfant nu
on vend Jésus Marie
et les sept nains
on vend son rein
pour trois fois rien
on vend des facs
des fracs des sacs
en vrac on craque
on vend l’école
et les actions sociales
on vend GB
on vend Cora
on nous lidellise
on nous delhaize
on nous carrefour
on nous dollardise
on nous europhilise
on nous pêche-à-la-ligne
on nous vol-à-main-gantée
on nous pile ou face
on nous Pay&Go Freetime
on nous Happy Days
on nous tire-Bush-on
on nous humilie
on nous overdose
butin planqué sous la banquise
des autoroutes
ci-gît morte pour la patrie
une vache folle
une poule d’eau grippée
une brebis égagarée
consultez le répertoire
des pompes funèbres
consultez le répertoire
des pompes funèbres
on vend on vend
on vendredi samedi
et même dimanche
on vend le siècle à tout vent
à tout va à toute vapeur
on vend la cuisse de Jupiler
on vend la cerise
sur le gâteau de l’horreur
on vend le champion
toute catégorie
e.p.o. en prime
on vend la déprime
on vend l’envie
on vend l’espoir
et le blanc et le noir
on vend
on vend la terre
le père la mère
et l’enfant nu
on vend
on nous vend
on nous ment
on nous ment
on nous ment
jamais en vain

Inédit, © B.L., 2008.




© 2016 - Béatrice Libert - Crédit photographique : Yves Namur - Haut de page